Après avoir publié un article sur l’allumeur de réverbères 2.0 faisant référence à des travailleurs qui ont peur d’intégrer le 2.0 à leurs façons de faire, je désire vous partager l’aspect humain de la même histoire…
Il y a quelques années, à un niveau personnel, j’étais assez « allumeuse de réverbères » moi-même. Le quotidien avait fait des ravages dans mon couple et dans mon travail. J’allais droit devant, machinalement. Je n’étais pas heureuse du tout, c’était évident, mais je n’étais pas assez à l’écoute pour m’en rendre compte.
Un jour, une idée folle m’a traversé l’esprit. Pourquoi ne pas tout quitter et partir ailleurs pour voir si j’y suis. Je me suis donc inscrite à un stage en coopération internationale de 6 mois en Équateur (Amérique du Sud). Je passe les détails du début de cette magnifique (et folle) aventure pour vous amener directement à mon propos:
Même si l’on se dit ouvert au changement, même si l’on fonce, tôt ou tard, les habitudes reviennent nous chercher. Ça demande une grande écoute, une remise en question constante et beaucoup d’humilité pour changer véritablement. L’humain est ainsi fait, il a un besoin fondamental de sécurité, de stabilité. Quand la peur et le doute embarquent, on cherche à reproduire le connu.
J’étais en Équateur depuis 2 mois environ. Je « travaillais » (bénévolement) pour le gouvernement provincial de l’Azuay pour qui je faisais des sites Web, c’était mon mandat.
Tous les jours, j’allais dîner au « Parque Calderon », un parc magnifique en plein centre de la ville. Puis, je retournais travailler. Après ma journée, je rentrais à la maison, dans ma « famille » équatorienne. La seule différence entre mon quotidien québécois et mon quotidien latino, c’était que ça se déroulait en espagnol. J’avais réussi à reproduire presque exactement mon mal-être québécois, avec l’ajout d’un choc culturel…
Un jour, j’ai fait la connaissance d’un petit sage. En fait, je le connaissais depuis longtemps puisque je passais mes midis à l’observer, mais jamais je n’avais eu le courage de lui parler. Ce petit sage avait un « je-ne-sais-quoi » dans les yeux, un mélange de pureté enfantine et d’une trop grande maturité. C’était un cireur de chaussures… un enfant de la rue. Même si je portais des sandales, il s’est approché de moi, avec un petit sourire en coin et m’a dit :
- Limpio? (Je lave?)
- No, gracias (non, merci)
* Je vais continuer en français pour faciliter la lecture, mais vous comprenez surement que c’était une conversation en espagnol…
- Qu’est-ce que tu fais en Équateur?
- Je suis venue travailler, je fais des sites Web.
- Ah… et tu ne peux pas faire des sites Web chez toi?
-… Oui.
- Alors, pourquoi es-tu venue ici? Qu’est-ce qu’il y a de si différent?
-…
- Tu as l’air triste.
- Mais non, je ne suis pas triste, pourquoi tu dis ça?
- Parce que vous avez tous l’air triste, les touristes. Vous ne saluez pas les gens, vous êtes toujours pressés, vous photographiez tout, mais vous ne prenez pas la peine de voir ce qui se passe autour de vous. Je n’aime pas les touristes, mais toi, je t’aime bien. Et tu n’es pas une touriste, tu travailles ici.
- Euh… merci!
Mon petit sage me prit par la main et me demanda de le suivre. À ce moment, ma vie allait prendre un tournant…
Il m’amena à l’organisme Proyecto Crecer qui accueille les jeunes de la rue pour leur offrir des repas, des douches, quelques lits et de l’éducation, et ce, de façon bénévole. Je fus témoin d’une réalité crue, dure, qui te pénètre les pores de la peau et qui ne te quitte plus jamais ensuite…
Mon petit Petit Prince à moi, il s’appelle Jonatan. C’est un enfant travailleur, cireur de chaussures au Parque Calderon. À 14 ans, il vit dans la rue depuis plus de 4 ans. Il travaille le jour, va à l’école le soir et tente de survivre la nuit. Jonatan m’a fait voir cette journée-là que derrière chaque personne, il y a une histoire. Derrière chaque situation, il y a un sens auquel on n’avait pas pensé. L’interprétation n’en tient qu’à nous et c’est nous qui faisons le choix de vivre comme des automates ou de se pousser à aller au-delà du connu et de ce qu’on veut bien voir. Mais pour prendre conscience de ces choses-là, il faut d’abord laisser de côté nos peurs, nos doutes. Il faut s’ouvrir à la différence. Accepter que tout ne soit pas comme on s’attend. Il faut être à l’écoute de soi, des signes et des autres. Alors à ce moment seulement, on fait de magnifiques découvertes.
Ce jour-là, mon Petit Prince, Jonatan, ce grand sage au fond de lui, en me demandant d’être son amie, a changé ma vie à tout jamais. Il m’a enseigné à ne plus allumer mes réverbères, mais à suivre la seule et unique consigne qui vaille dans une vie, suivre son cœur, son intuition, sa destinée.
Le reste de mon stage a été féérique, magique, humain. Et le reste de ma vie aussi, je l’espère. Et j’espère que j’ai déjà été et que je serai le Petit Prince d’autres personnes afin que cette chaîne ne se brise pas.
Jonatan, te quiero y te recuerdo, siempre.

Professionnelle des communications, spécialiste des médias sociaux et du Web 2.0, vous pouvez facilement me trouver dans les plus grands réseaux sociaux avec cette photo et mon « nom public » : veroclement. Twitter, Facebook, LinkedIn, Pinterest, Instagram, YouTube, Google +, etc. J’y suis!